Voici quelques questions que vous pourriez poser à une thérapeute spécialisée en autisme adulte!
- Bonjour, qu’est-ce qui vous a emenée à faire ce métier?
J’ai toujours voulu être thérapeute. Ayant grandi dans un contexte familial compliqué, je me suis intéressée très jeune au fonctionnement humain et au bien-être, afin de pouvoir trouver, créer, apporter ce qui manquait dans beaucoup de familles: la sécurité, la chaleur humaine, l’écoute, la compréhension et finalement: la guerison. J’y suis arrivée après des années de survie et des jobs dits ‘alimentaires’, en suivant des formations tout en travaillant. Comme c’est le cas de beaucoup de personnes, j’ai reçu le diagnostic d’autisme après un travail long et intense autour du trauma: après avoir retiré les ‘pelures d’oignon’ du trauma, il restait quelque chose, et grâce à une spécialiste au Royaume Uni, cela a pu être identifié comme autisme. C’était un soulagement: enfin j’avais des explications! Je ne suis pas folle! Ce ‘ouf!’ a néanmoins été suivi d’un processus de deuil: je ne serai jamais la personne que je tentais de faire semblant d’être en masquant: comme tout le monde. Dans ma détresse et ma confusion j’ai cherché une aide spécifique, quelqu’un qui connaissait, qui comprenait, qui n’allait pas juger, mais je n’ai pas trouvé cette personne à Bruxelles. Je suis même tombée sur énormément d’ignorance, de jugement et d’incompréhension, même – voire surtout – dans le milieu professionnel. Et c’est là que j’ai trouvé ma vocation: thérapeute spécialisée en autisme adulte sans déficience intellectuelle – pour les personnes laissées le plus souvent à leur sort par le système. - Vous avez suivi une formation pour comprendre l’autisme?
Oui, j’ai suivi une formation professionnelle qualifiante en Flandre. J’ai appris a comparer l’évolution de l’enfant autiste et l’enfant non autiste, l’origine du fonctionnement autistique, les signes et les piliers d’un diagnostic, l’aménagement et les adaptations pour enfants et adultes, et fait une quantité d’études de cas afin de pouvoir définir si par exemple, selon les signes, il s’agit d’autisme ou plutôt d’un syndrome post traumatique ou autre chose. J’ai également appris à observer des dynamiques (en famille, en classe, au travail) afin de pouvoir proposer des améliorations, soit pratiques, soit via la psycho-éducation. En Flandre, ce diplôme s’appelle ‘Autismecoach‘, mais je me définis comme thérapeute car j’ai suivi également des formations en psychothérapie. Je ne fais pas de comportementalisme: je suis plutôt à l’écoute du vécu de la personne que du comportement perçu par l’entourage. Ceci dit, saviez-vous qu’en Flandre, quasi toute personne nouvellement diagnostiquée est redirigée vers un.e Coach en Autisme, qui sont souvent d’un grand soutien?
- Quelle est la différence entre ‘thérapie’ et ‘coach’ en autisme ?
Pour moi, le coaching est focalisé sur des réponses pratiques et des résultats immédiats, avec des formules pour gérer une sensibilité sensorielle par exemple. Cela peut être utile, par exemple à l’école, lorsqu’un enfant a du mal à fonctionner en classe, nous pouvons intervenir avec de la psycho-éducation et proposer outils pratiques: une meilleure position dans le local, un planning prévisible, des explications à propos du déroulement d’une activité… La thérapie, elle s’adresse plutôt aux adultes, et peut travailler sur les relations familiales, professionnelles, le projet de vie, avec une attention particulière au ressenti, l’identification et l’acceptation des émotions, l’auto acceptation (radicale!) et l’assertivité. Pour beaucoup de personnes autistes, se donner le droit de ressentir les choses et être à l’écoute de soi est un chemin d’apprentissage essentiel. - Et donc en quoi consiste la thérapie chez vous?
Je pratique une forme de thérapie intégrative. J’ai été formée tout d’abord par les thérapies que j’ai suivies (Psychologie des Profondeurs, trauma – EMDR), et les séances de supervision. Ensuite, j’ai étudié et je continue à étudier différentes théories, méthodes et techniques. J’ai suivi dernièrement un masterclass autour du trauma et de l’addiction avec le Dr. Gabor Maté. Je pratique le ‘questionnement’ de Byron Katie. J’ai également été formée en ‘Psychothérapie de l’emprise’, où j’ai approfondi la clinique des dérives de l’emprise (mouvements sectaires, harcèlement, et les troubles de la personnalité comme le narcissisme pathologique). Cette forme de psychothérapie permet d’analyser de manière rationelle une situation d’emprise et d’en identifier une ou plusieurs portes de sortie. Et puis bien sûr il y a le burn-out, pour lequel j’ai suivi une formation de prévention. Et j’ai étudié avec Lars Faber aux Pays-Bas la co-dépendance et les diverses formes de narcissisme, un thème important dans ma vie mais également dans notre société. Et je continue car le domaine est vaste… - Qui vient chez vous, et comment arrive-t-on chez vous?
Je vois principalement des personnes qui viennent de recevoir un diagnostic tardif en tant qu’adulte, et parfois des personnes qui se sont auto-diagnostiquées. On me trouve directement via mon site, ou sur des sites avec répertoires des professionnels spécialisés en autisme comme sur le site du Collectif Autiste et la Maison de l’Autisme à Bruxelles. Parfois, ce sont des médecins ou des soignants dans des hôpitaux qui transmettent mes coordonnées. On me contacte toujours par mail, et ensuite je propose un petit entretien téléphonique. Lorsque j’estime que je ne pourrai pas aider la personne, je tente de la rediriger. Ainsi par exemple je ne suis pas habilitée à dresser des diagnostics, et je ne propose pas non plus de remboursement à la mutuelle. - Combien de fois peut-on venir chez vous?
Il n’y a pas un nombre fixe de consultations. Il arrive quelquefois que je vois des personnes une seule fois, car elles ont une question précise, comme par exemple: « Je crois que je veux faire un parcours diagnostic, est-ce que vous pensez que c’est une bonne idée? » Nous pouvons chercher ensemble les réponses. Parfois des personnes demandent de l’aide pour gérer des situations sociales qui les font souffrir. Nous pouvons chercher ensemble ce qu’il y a derrière, et ce qui libérerait la personne en souffrance. Il y a des personnes qui vivent des situations complexes dans leur relation de couple, ou au travail, et cela peut prendre plus longtemps. Souvent, un nouveau diagnostic signifie le début de nombreux changements dans une vie. Je peux accompagner cette transformation. J’offre une écoute et j’aide la personne à trouver ses propres réponses. La lui donner à sa place, et trop vite, serait contreproductif – il faut avant tout qu’elle soit prête. C’est pourquoi je suis pour un accompagnement attentif et respectueux du rhythme de la personne, et je ne pratiquerai pas les méthodes qui prétendent pouvoir traduire pour vous – souvent en une séance – quels sont vos besoins (comme par exemple la ‘kinesiologie’). - A quelle fréquence peut-on venir chez vous?
Idéalement, toutes les 2 semaines, ou une fois par mois. Ceci dit, je suis flexible, car chaque personne est différente. - Qui sont les personnes qui viennent chez vous?
Je reçois des personnes adultes (à partir de 17 ans), principalement francophones et anglophones, qui ont eu un parcours diagnostique récent. Dans la pratique, je vois des personnes de toutes sortes d’horizons, souvent actives professionnellement. Les burn-out sont très fréquents chez les personnes autistes, quasi tout le monde y passe! Je peux affirmer que toutes les personnes autistes que je vois sont dotées d’une intelligence hors norme, et une façon de penser intéressante. J’insiste sur ma déontologie: pas de triangulation, donc la personne vient de sa propre volonté, seule, et en toute confidentialité. Je ne partage aucune information à de tierces personnes, tout ce qui se déroule en séance reste entre nous. - Et c’est quoi votre ‘valeur ajoutée’, ce que d’autres thérapeutes ne peuvent pas nécessairement proposer?
Je suis formée, mais également experte du vécu. Je suis passée par où vous passez peut-être maintenant. J’ai une vie d’expérience en autisme en plus des livres et des diplômes, et comme la plupart des personnes autistes, j’ai eu un chemin de vie atypique, loin des sentiers battus. Ensuite, je suis persuadée que ce qu’il y a de plus ‘guerisseur’ dans la vie, c’est une qualité d’écoute, quelqu’un qui entend vraiment, qui se souvient, et qui pose les bonnes questions. Et ça, on ne peut pas le quantifier sur papier.
